Vitrification d’ovocytes
La vitrification de l'eau est obtenue par réfrigération au dessous de 130 °C. La vitrification des cellules vivantes, comme la congélation lente, implique la prévention de la formation de cristaux de glace intra et extra cellulaires et la survie des cellules après congélation/décongélation. Les agents cryoprotecteurs ont eux-mêmes une toxicité potentielle sur les cellules vivantes qui varie avec leur capacité de pénétration et la température ambiante. Des morts cellulaires peuvent en outre survenir par dommages osmotiques dans la solution de cryopréservation ou au cours des processus de congélation/décongélation. La vitrification des ovocytes ou des embryons est une méthode de congélation ultra-rapide qui impose des vitesses de refroidissement et de réchauffement de plus de 2 °C par minute. La vitrification d'ovocytes humains, plus délicate à réaliser que la vitrification embryonnaire, montre des résultats très encourageants en termes de taux de survie après décongélation et de grossesses cliniques après transfert. Elle est préconisée pour des raisons autant éthiques que médicales (fonction ovarienne menacée, don d'ovocytes aux femmes stériles). La vitrification d'embryons a surtout été expérimentée dans des modèles animaux mais a également démontré sa faisabilité dans l'espèce humaine.
L’annonce de la naissance de jumeaux nés à partir d’ovocytes congelés fait pression sur les pouvoirs publics afin que soit autorisée cette technique de congélation ultra-rapide des ovocytes.
Certes, ces naissances ont été obtenues au moyen d’une technique lente de congélation d’ovocytes, mais en contournant sciemment la loi en cette période de révision de la loi de bioéthique, le Pr René Frydman milite surtout pour une autorisation immédiate de la vitrification des ovocytes, jugée plus performante. En effet, la loi n’autorise la conservation des gamètes pour soi que "lorsqu’une prise en charge médicale est susceptible d’altérer sa fertilité ou lorsque celle-ci risque d’être prématurément altérée" (art. L.2141-11). Ce n’était pas le cas de la maman qui a accouché mardi dernier et qui était engagée dans une procédure classique d’assistance médicale à la procréation (AMP). Le message délivré par le Pr Frydman est donc le suivant : "la science ne se laissera pas entraver par la loi, les progrès escomptés justifiant les coups de force".
Mais pourquoi faudrait-il autoriser la vitrification d’ovocytes?
Le Dr Joëlle Belaïsch-Allart, dans l’édito du numéro d’octobre de la revue Profession Gynécologue, intitulé "Pour la vitrification des ovocytes et la congélation des embryons" met en garde les politiques "qui ne défendent la vitrification que pour essayer d’interdire la congélation embryonnaire". Elle affirme qu’il "serait catastrophique pour l’AMP en France et pour les couples que le progrès acquis par l’autorisation de la vitrification ovocytaire se paye de l’interdiction de la congélation embryonnaire". Pour elle, la vitrification n’a d’autre intérêt que de permettre d’augmenter le don d’ovocytes. C’est également l’opinion du Pr René Frydman pour qui "les patientes qui n’utilisent pas tous leurs ovules seraient plus enclines à les donner". Il prône également la constitution "d’une banque publique d’ovocytes, alimentée aussi, pourquoi pas, par de jeunes femmes qui accepteraient de donner leurs gamètes".



